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Rapports/Études

Le rapport au progrès : Regard des Français et comparatif européen

Dessinons ensemble le progrès pour mieux l’adopter

Mouvement perpétuel inhérent à la condition humaine, le progrès vise à améliorer le bien-être de tous et l’élévation de chacun. C’est à la fois une démarche d’adaptation positive à son environnement et une entreprise d’envergure pour relever les défis de cette adaptation dans de multiples domaines vitaux pour notre avenir : climat, démographie, éducation, santé, énergie, transports, emploi…

Longtemps principe directeur de nos sociétés, le progrès a permis à l’homme de gagner en efficacité technique, de maitriser la matière et de développer ses sources d’énergie pour mieux s’affranchir des contraintes de la nature et façonner sa propre nature humaine, de gagner en autonomie, de s’émanciper et d’accéder à de nouvelles formes de liberté. Le progrès demeure une valeur dans plusieurs pays du monde et particulièrement dans les pays émergents et en plein développement, en Asie comme en Afrique. L’Europe, incarnation du progrès pendant plusieurs siècles, de la renaissance à la révolution industrielle, douterait désormais de ses vertus et en aurait perdu progressivement le sens.

Le champ de perception et de compréhension de la notion de progrès aurait, dans notre civilisation multiséculaire, tendance à se rétrécir. Le progrès se confond de plus en plus avec l’innovation et l’innovation avec les technologies dont certaines font peur, faute d’une vision claire de leurs objectifs et d’une maîtrise suffisante dans la population de leur usage ou au moins de leur potentiel. La robotisation, l’intelligence artificielle suscitent ainsi davantage de défiance que d’enthousiasme et ces avancées technologiques peuvent être vécues comme une concurrence insurmontable entre l’homme et la machine, annonciatrice à brève échéance de la destruction des emplois et à terme du déclin de la condition humaine et de son indépendance, voire de l’élimination physique de l’être humain de la planète, qui demeure notre unique territoire d’implantation.

Les sondages d’opinion nous renseignent sur cet état d’esprit et soulignent les causes d’une réserve vis à vis du progrès, entretenue par la méconnaissance de ses concrétisations, ou encore le doute de son potentiel d’évolution. Cette ignorance subie faute d’une information scientifique mais aussi d’une culture humaniste suffisantes, laisse place à la désinformation, qui elle-même entretient les peurs les plus irrationnelles, fondées sur des inepties les plus criantes. Le nucléaire est ainsi soupçonné d’être à l’origine des émissions de gaz carbonique alors que cette énergie n’émet pas la moindre molécule de CO2. Les « fake news » nourrissent les fantasmes dès l’apparition de toute nouveauté et attisent les inquiétudes sur les dangers supposés des innovations et les craintes d’exclusion qu’elles peuvent susciter au point de se garder de surfer sur cette nouvelle vague, de refuser toute prise de risque et de préférer s’enfermer dans le doute et le pessimisme. Une telle attitude conduit à son tour au rejet du mieux que peut apporter le progrès.

Le changement, les évolutions économiques et sociales qui influent sur nos modes de vie, nos métiers, nos emplois, nos relations humaines, sont vécus davantage comme une agression que comme une opportunité et la promesse d’une amélioration. Toutes ces mutations nous invitent à nous renouveler ensemble au bénéfice de chacun. Des voix de tous les horizons, « think tank », associations de consommateurs, ONG, appellent à des évolutions, voire à une révolution de notre modèle économique. Et la décroissance peut même être un choix tentant pour une grande majorité de l’opinion française. L’expérience de l’arrêt de la production, les privations de la consommation imposées par la gestion de l’épidémie de Covid-19 pendant une saison quasi complète de confinement n’ont pas eu raison de cette adhésion à la décroissance. L’idée continue à séduire l’opinion française mais pas à n’importe quel prix.

De telles transitions sont principalement soucieuses de l’environnement et de sa protection et c’est d’ailleurs dans ce domaine que les Français comme les Européens attendent le plus de progrès. Mais pour être durables ces transitions doivent aussi être économiquement viables dans l’intérêt du modèle social, autre forme de progrès, que nous voulons voir perdurer et qu’il faut continuer à pouvoir financer.
Les obstacles sont nombreux pour entraver sinon étouffer le progrès. Les leviers existent cependant pour raviver le progrès, le partager davantage et mieux le faire croître. Penser, trouver, expérimenter, corriger, développer, améliorer, c’est la réponse contre le doute.

Le progrès c’est la vie et le mouvement, il faut savoir reprendre la main et agir de concert. L’entreprise peut tenir un rôle majeur et positif dans la diffusion du progrès. Les Allemands sont deux fois plus nombreux à en être conscients que les Français. Les startups sont cependant déjà clairement identifiées comme des leaders de l’innovation par la grande majorité des Européens y compris des Français

L’étude réalisée (pendant l’hiver dernier, actualisée au mois de juin et approfondie au cours de l’été) par le MEDEF avec le concours de l’Institut Odoxa sur la perception du progrès (sens, valeurs, accès, partage) nous donne matière à réfléchir sur les efforts à fournir pour relancer le mouvement du progrès et nous ouvre les perspectives d’un récit positif à construire pour le promouvoir et réconcilier l’opinion publique avec son développement.

Le progrès est un élan vital pour le bien-être de chacun. Une entreprise ambitieuse pour le succès de tous. Déjà dans l’antiquité, Aristote déclarait que « le progrès ne vaut que s’il est partagé par tous ». Cette conviction continue à rencontrer un fort écho dans l’opinion publique, c’est celle qui résume le mieux sa vision du progrès.

Le progrès, il faut le vivre ensemble pour y croire. Et pour le vivre il faut le voir, le comprendre, l’adopter dans les usages, en accepter les conséquences et pouvoir s’y préparer (évolution de l’emploi, des métiers, des modes de consommation…), le diffuser pour le partager avec chacun (entre usagers et dans la proximité), le vouloir en permanence pour le réaliser avec tous. L’adoption du progrès demande un double effort rétrospectif et prospectif. Nous devons avoir conscience des bénéfices obtenus par l’accumulation des progrès, nous vivons plus longtemps et en meilleure santé que dans les générations précédentes, et avoir également confiance dans l’avenir à construire. Les thèmes de consultation ne manquent pas : pacte productif, slow économie, « Vision France 2050 » en faveur de la durabilité et de la neutralité carbone, plans de relance post Covid, sont des occasions parmi beaucoup d’autres à saisir pour exprimer nos attentes et proposer des solutions pour une vie meilleure.

La vie est plus belle quand on l’écrit soi-même. Dessinons ensemble le progrès pour mieux l’adopter.

Anne Lauvergeon, Patrick Errard,
Co-présidents de la Commission Innovation

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